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Conférence inaugurale de l'UMP de l'année universitaire 2019/2020


L'Université Mohammed Premier a organisé ce Mardi 29 Octobre 2019 à Oujda, une conférence inaugurale animée par Monsieur Jean-Marie Heydt, auteur du livre "Mohammed VI: La vision d'un Roi: actions et ambitions" sous le thème "Le Maroc : une voile pour l’Europe, un moteur pour l’Afrique sous les nouvelles politiques". Cette rencontre a été présidée par Monsieur le Président de l'Université Mohammed Premier, Pr. Mohammed Benkaddour, en présence du secrétaire général de la Wilaya de la région de l'oriental, les chefs des établissement universitaire de l'UMP, les enseignant chercheur et les étudiants de l'UMP.

Ci-dessous le mot de l'intervention de M. Jean Marie Heydt :

Je tenais à vous remercier, Monsieur le Président, pour m’avoir fait l’honneur de me confier cette lourde responsabilité d’aborder avec vous ce thème et plus précisément de vous faire partager mon regard quant à l’évolution du Maroc.

Pour aborder mon sujet, il me faut déjà vous précisez d’où je parle, avec quels yeux, et, quelle culture de naissance a forgé ma vision du monde, ma « weltanschauung » comme le disent les philosophes allemands.

De quel regard je parle ? De nationalité suisse (mais aussi française), de culture germanique, chrétienne, protestante, je vis en France, j’enseigne à l’Université de Haute Alsace en France et je participe à la vie civique française et suisse.

J’ai découvert votre pays, non par le tourisme ou les vacances, mais parce que durant des années, j’ai eu le plaisir et la responsabilité de présiderà la fois la Conférence permanente de la société civile au Conseil de l’Europe puis, celle du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, basé à Lisbonne. Je rappelle que le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe existe par un Traité signé entre plusieurs (21) Etats membres du Conseil de l’Europe et du Sud de la méditerranée. Il est la seule Organisation qui regroupe - autour d’une même table - à la fois les Etats, les Parlements, les collectivités locales et régionales et la société civile organisée. Durant ma présidence, j’ai mis tout en œuvre pour que la vice-présidence de cette Organisation soit enfin assurée par un pays du sud de la méditerranée et c’est le Royaume du Maroc qui (depuis 2013) occupe ce siège.

Socio-pédagogue passionné par l’observation/l’analyse des effets produits par les choix politiques pour l’avenir des populations, je me suis interrogé sur le point communqui pouvait bien exister entre deux Etats aussi différents que la Suisse et le Maroc ?

D’un côté nous avons :                                               de l’autre :

 

Royaume du Maroc

Confédération Suisse

Régime politique :

Monarchie constitutionnelle, démocratique avec un régime parlementaire, unitaire régionalisée

Etat fédéral avec régime parlementaire, dotée d’une démocratie directe(affranchie des Habsbourg 1291 -Empire Romain-germanique

Devise :

Dieu, la Patrie, le Roi

Un pour tous, tous pour un

Langues officielles :

2 = Arabe, Amazighe

4 = allemand, français, Italie, romanche

Surface territoriale :

770 000 km²

41 285 km² (18 fois plus petit)

IDH :

0,667 (123ème place)

0,930 (2èmeplace) (30% plus élevé)

Habitants :

34,3 millions habitants

8,5 millions d’habitants (4 fois moins nombreux)

PIB /habitant :

8600 $ (115ème place - 2017)

61 400 $(13ème place - 2017) (7 fois plus élevé)

PIB croissance :

3,2%

1,1% (3 fois inférieur)

Taux chômage :

10,2% (2017)

2 ,1% (5 fois moins élevé)

Régions :

12 régions

26 cantons

Démographie :

6,4% population +65 ans

20% population +65 ans

 

Alors avec de telles différences, existe-t-il un point commun avec la Suisse ?

OUI : car, c’est enobservant que déjà, j’ai découvert de quelle façon remarquable la Maroc avait vécu différemment, avait géré autrement chez lui, ce fameux « printemps arabe » vécu chez ses voisins méditerranéens, qui ont renversé les régimes autoritaires en Lybie, en Tunisie, en Egypte…Et ce choix volontaire,pour s’engager vers un processus démocratique marocain, ce choix visant à modifier la Constitution, représente une vision royale qui assure aujourd’hui une stabilité, laquelle se fait toujours attendre chez vos voisins.C’est un 1er point avec la Suisse : être en capacité d’affirmer ses valeurs et d’aller au bout de ses choix ;

Puis, j’ai alors recherché quel était ce moteur commun entre ces deux pays aussi différents et, c’est bel et bien la notion d’unité de la Nationqui m’est apparue de façon flagrante !       Cela n’a peut-être l’air de rien, mais c’est un énorme moteur pour l’évolution et l’avenir d’un pays ; cela fait naître le sentiment de confiance en soi, la capacité d’avoir des projets de vie et surtout la gestion du bien commun…autant d’ingrédients qui conduisent à l’unité d’un peuple.C’est un 2ème point commun avec la Suisse.

Le sentiment de confiance en soi ne se décrète pas, il est suscité par une multitude de facteurs qui mettent l’humain au centre de la réflexion et de l’action. Et justement, en plaçant l’humain dans de nombreux domaines, sa Majesté a misé sur vision stratégique où l’économie, reste certes primordiale, mais primordiale avec du sens, car l’homme et la femme y sont des acteurs essentiels des possibles grands changements politiques, économiques et bien sûr sociaux.

En Suisse ; le système éducatif formel et informel fait naître ce sentiment du bien commun, de l’engagement de chacun, suscite l’envie de projet de vie et génère l’unité d’un peuple. Constitutionnellement,LE citoyen y est aussi le « souverain » de son pays ! Le suisse se sent responsable de son pays, de son espace de vie.

Et c’est justement cette nouvelle ambition et motivation proposées à la jeunesse qui font qu’au Maroc ; Sa Majesté le Roiavoulu imprégner, développer, ce sentiment d’unité de la Nation marocaine – et son rayonnement va au-delà des frontières. Et dans ce sens, l’importance de la diaspora marocaine dans le monde est d’une force évidente.Ce sentiment d’unité est le pilier central et fiable dans la durée. Toutes ses réformes intègrent une améliorationdu bien-être des citoyens et du développement du pays. C’est un ensemble de posture et de valeurs qui génèrent cet îlot de stabilité et d’attachement à la mère patrie.

D’un point de vue géostratégique, l’un des axes à prendre en considération, c’est évidemment la méditerranée. Cette dernière,on peut la percevoir comme une frontière entre une zone « nord » et une zone « sud » où les économies, la culture, la religion, l’histoire, etc. sont autant d’éléments de différentiations, voire de conflits potentiels.

Mais l’on peut aussi percevoir cette méditerranée comme ungrand lac intérieur, un lac central,[= définition, en grec,comme en latin, mediterraneus,signifie« qui est au milieu des terres »], qui ne réunit pas moins de 21 pays,certes très différents, mais néanmoins interdépendants.

Voir ainsi la méditerranée, c’est une façon de « provincialiser » l’Europe, de s’excentrer de l’histoire et des clichés préconçus ;c’est faire en sorte que nous arrivions à penser différemment la place du continent africain et bien évidemment le rôle central que le Maroc est en capacité de conduire. Regardons, par exemple, l’effet démographique, actuel et à venir, et l’on constate que le vieillissement inéluctable de la population (+65ans = 6,4% au Maroc – 20% en Suisse, mais aussi en Europe) est tel que le recours à une migration de la population, potentiellement active, va devenir une obligation pour tous les pays européens s’ils veulent trouver de la main-d’œuvre pour produire, mais aussi pour faire face et soutenir le vieillissement en Europe. Et en matière de migration, le Maroc a formidablement bien progressé et est en capacité aujourd’hui d’apporter son expérience à l’Europe.

Pour revenir à mon expression de « provincialiser » l’Europe dans le contexte d’un « lac méditerranéen », j’ai envie de vous demander, quel pays ? quelcontinent ? sera en mesure d’apporter une réponse, de se saisir de cette opportunité ?  Sans hésitation, de tous les pays de la méditerranée, c’est le Maroc, et plus globalement l’Afrique, qui est en capacité d’y répondre. Restons un instant sur la démographie ; prenez en compte que d’ici 2050, votre continent aura doublé sa population (largement devant la Chine) (de 1,2 milliards d’habitants actuel à 2,5 milliards) avec pour conséquence l’équilibre suivant : 3 continentaux africains de - 25 ans pour 1 continental européen de + 50 ans.            Mais cela n’est pas que mathématique, ce n’est pas par le seul effet des chiffres que cela se produira. C’est par une préparation et des réformes en profondeur qui s’imposent, et dans un très avenir proche.Et cela, Sa Majesté l’a bien perçu et c’est ce qui explique les processus qu’il a mis en place depuis 20 ans.

Alors, cette brève explication doit vous permettre de découvrir pour quelle raison j’ai proposé un titre comme « LeMaroc : une voile pour l’Europe, un moteur pour l’Afrique sous de nouvelles politiques » ?

L’Europe, sans nulle hésitation va rechercher du souffle pour faire avancer son bateau, pour gonfler ses voiles, car ce vieux continent possède un formidable passé, une expérience de pointe dans de nombreux domaines, un respect de la vie humaine, etc. mais son vieillissement le conduit à sa perte. Un souffle nouveau s’impose donc pour rester un des continents du monde non dépendant. Et pour ce faire le continent africain est celui qui par sa proximité, sa culture, ses convergences particulières et son dynamisme, est le plus en mesure d’apporter une collaboration bénéfique et à l’Afrique et à l’Europe. Ce partenariat nouveau, constructif d’un tandem Europe-Afrique est incontournable.

Mais pour que l’Afrique – « les Afriques » dira Mohamed El Yakhlifi – propose cela, il lui faut encore évoluer en termes de démocratie, d’urbanisation, de gestion économique et surtout de prise de conscience qu’elle « est en capacité » de devenir ce partenaire unique d’un tandem nouveau. C’est là qu’intervient « le moteur » du Maroc que j’évoquais dans mon titre.

Le fait que Sa Majesté ait décidé de réintégrer l’Union africaine, est le signe d’un temps nouveau qui s’ouvre pour l’Afrique. Si l’on regarde le travail préparatoire de ces deux dernières décennies, l’on observe que par un nombre conséquent d’actions volontaires avec l’Afrique, ce n’est pas moins d’un milliers de conventions bilatérales (Maroc – Afrique) qui ont été signées dans des domaines aussi variées que : le soutien à la gouvernance et des actions de médiations (maintien de la paix, résolution de conflits, sécurité, humanitaire), gestion migratoire (Pacte mondial – observatoire de Rabat), plate-forme d’investissement en Afrique, réseaux bancaires et d’assurances, secteurs industriel, minier, agricole, environnemental, etc….autant d’engagements qui font du Maroc une puissance africaine en capacité d’être la tête de pont représentative de l’Afrique et par voie de conséquence, c’est le seul pays du sud de ce « Lac intérieur au milieu des terres… », la Méditerranée, à garantir la faisabilité de ce binôme Afrique-Europe, à parfaire son intégration mondial comme acteur à fort potentiel.

Si l’on évoque rapidement certains des grands domaines qui ont propulsé le Maroc de ces deux dernières décennies, on peut évoquer la dimensionsociale, religieuse et humaine avec le statut de la femme (une révolution de velours), les droits de l’enfant, les droits humains et notamment la remarquable mise en œuvre de l’approche humaniste de la question migratoire,(reconnue par l’UA), maisaussi la couverture médicale et les nouvelles perspectives de retraites, la réforme de la justice ou encore la nouvelle formation des Imams et des prédicatrices.

Le domaine économique a aussi formidablement été boosté avec les infrastructures routières et ferroviaires comme le TGV et le tramway, mais aussi portuaire avec la construction ultra-moderne de Tanger-Med. Cette immense création qui à elle seule est le 1er port d’Afrique et le 20ème au monde – un pivot devenu incontournable pour ce lac intérieur qu’est la méditerranée ! N’oublions pas non plus que grâce à l’industrie automobile, aujourd’hui, les revenus de cette industrie dépassent ceux de la seule ressource naturelle : le phosphate !  Mais lorsque je dis cela, je ne peux m’empêcher d’être admiratif devant d’autres ressources naturelles qui montent en puissance, qu’il s’agisse du Plan « Maroc vert » - [où la FAO des Nation-Unies vient de rappeler l’expertise et le savoir-faire marocain en matière d’agriculture par sa grande potentialité et sa position stratégique] – ou encore le « plan solaire »… Quel pays aujourd’hui,qui dépend encore à 96% d’importations des ressources énergétiques, peut affirmer que grâce à une vision avant-gardiste, il sera à l’horizon 2020, indépendant à 42% par ses énergies renouvelables dans la production électrique ?

Le domaine démocratique, lancer le double principe, à la fois de la régionalisationavancée– avec une capacité de décision au plus près du lieu de vie des marocains, mais aussi le principe de la participation de la société civile et du monde associatif, peut apparaître comme une normalité pour les pays européens. Mais quand bien même que ce processus est bien avancéen Europe…il demeure toujours en construction. Imaginer que la société civile devienne un élément central de la vie publique, qu’elle intervienne dans le processus décisionnel – [c’est au demeurant un travail de fond que mène le Conseil de l’Europe depuis des années] – et constater qu’une telle pratique soit lancer, mise en œuvre,au Maroc est, de toute évidence, le signe d’une évolution caractérisée de la place reconnue de l’humain.Pendant que les vents du « printemps arabes » soufflaient dans plusieurs pays, Sa Majesté avait partagé cette vision démocratique du règne, cette nouvelle phase de la transition démocratique, lors de son discours du 9 mars 2011.  Dans ce contexte-là, il n’est pas étonnant que feu Mr Driss Benzekri,qui a été nommé (janvier 2004) par Sa Majesté Président de l’Instance pour l’équité et la réconciliation (IER), écrivait : « la construction démocratique d’un pays n’est pas que l’affaire de textes, elle est aussi liée à la praxis de tous les acteurs. » Quel pays aujourd’hui, a-t-il le courage de nommer une Instance officielle chargée d’examiner la violation des droits de l’Homme sur une période de 43 ans ?

Enfin, un domaine qui se trouve souvent classé au dernier rang des préoccupations d’un Etat, celui de la culture.         Vous le savez, en redonnant un nouvel élan aux fêtes populaires, aux festivals (cinéma, musiques sacrées, concert pour la tolérance, etc.), Sa Majesté a voulu que le domaine de la culture devienne un levier du développement économique et d’influence dans le monde. Complémentairement aux retombées économiques, c’est aussi parce que la connaissance, le savoir, sont autant de remparts contre l’intégrisme, parce que la culture doit avoir sa place dans l’espace éducatif, elle permet de susciter l’espoir à la jeunesse, c’est pour cela que l’architecture des grandes réalisations (gares LGV, tour Mohammed VI, grand théâtre, etc.) intègre ces dimensions de la créativité marocaine. Et le résultat est au rendez-vous, car (selon FNM) près de 65% des visiteurs aurait moins de 30 ans.                A noter également que d’avoir choisi en septembre dernier d’organiser une biennale d’art contemporain, dédié à l’art féminin, intitulée « un Instant avant le monde » ; ou encore d’avoir suscité, en 2017, une manifestation culturelle de « l’Afrique en Capitale » qui a été une révélation. Cela a été de la part du Maroc, l’occasion de faire découvrir, la richesse, l’originalité et la créativité des arts plastiques de l’Afrique,que nous connaissons peu. Et je ne peux éluder le fait qu’ici, à Oujda, vous disposez de deux musées : l’un, de l’artisanat et l’autre, scientifique ; qui sont autant de rayonnement formidable et de mise en valeur pour le développement d’une Régioncomme la vôtre …

Ceci me permet de rebondir sur la vision royale, que l’on peut qualifier à caractère global et pluriel, pour souligner que le Maroc peut se prévaloir d’avoir une légitimité à servir de moteur pour l’Afrique, de « locomotive de développement » disait récemment son Excellence l’Ambassadeur (Mohamed Ameur) du Maroc en Belgique et Luxembourg. En effet, qu’il s’agisse de la croissance économique partagée ou du développement humain, environnemental et sécuritaire, c’est une démarche de véritable coopération qui est proposée par le Maroc aux pays africains, à la différence près qu’elle ne s’inscrit pas dans une conditionnalité comme l’ont été tous les accords internationaux passés. Preuve en est ; en 2000, Sa Majesté a décidé d’annuler la dette à 25 pays, considérés sont les Pays les Moins Avancés (PMA) et d’accorder une exonération totale de droits de douanes pour les produits que ces pays exportent vers le Maroc. Cette démarche s’inscrit parfaitement dans le principe de solidarité entre Etats Africains, voulu par Sa Majesté, et qui représente un pilier de la politique étrangère du Maroc.

Cette politique Sud-Sud permet au Maroc d’affirmer son africanité, mais en même temps, par son développement remarquable avec les pays européens, le Maroc a développé une politique Sud-Nord qui a eu pour effet qu’il soitaussi reconnu comme l’interlocuteur privilégié des pays européens ; preuve en est de son Statut avancé reconnu (2008) par l’Union européenne, mais aussi par le Partenariat de voisinage immédiat approuvé (2011) par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe.

Incontestablement, Le Royaume du Maroc a su durant ces deux dernières décennies, réaliser une métamorphose généralisée sans pour autant perdre ses valeurs, son histoire ou sa singularité. La vision modernisatrice de sa Majesté est sans nul conteste l’élément clef de ces changements, car face aux classiques résistances aux changements, malgré les forces contraires, Il est arrivé à faire avancer, par le dialogue démocratique, le Maroc vers la modernité. Cette modernité lui vaut aujourd’hui d’être le pont de ce grand lac intérieur « qui est au milieu des terres » - mediterraneus.